dimanche 14 février 2010
Paul et Marguerite Brisson
Paul Horguelin, Ingénieur d’Agriculture I.A.B., né à Sommauthe (Ardennes) le 12 juin 1899, fils d’Auguste Théophile Horguelin et de Marie Elisabeth Flavie Lallement, épouse à Cernon-sur-Coole (Marne) le 2 août 1929, Marguerite Camille Alzire Brisson, née à Cernon le 18 novembre 1906, fille de Léon Edmond Brisson et de Marie Céline Voisin dit Lacroix.
L’Ecole de Malroy (Haute-Marne), 1911.
En 1841, l’abbé François Constant achète le château de Malroy, près de Montigny-le-Roi (Haute-Marne). L’école ouvre ses portes le 22 mars 1842. Elle donne un enseignement général, complété par un enseignement agricole, aux jeunes ruraux de la région, pendant 150 ans (jusqu’en 1987). (1)
En 1911, première année où Paul Horguelin est pensionnaire à Malroy, c’est un petit établissement de 70 élèves, dirigé par l’abbé Paul Leblond, prêtre du diocèse de Langres.
Paul va y passer cinq années (1911-1915), de 12 à 17 ans.
Sur le bulletin du 1er trimestre de l’année scolaire 1911-1912, le supérieur Leblond écrit :
« Paul est batailleur avec ses camarades, récalcitrant avec ses maîtres. Toutefois il s’améliore et fait, pour dompter son caractère, des efforts que le succès couronnera ».
St Gabriel’s Institution, London, 1916.
Les Frères de St-Gabriel sont fondés par le père Gabriel Deshayes, des pères du St-Esprit, et leur premier pensionnat est ouvert à Saint-Laurent-sur-Sèvre (Vendée) en 1842.
D’autres établissements sont créés par la suite, en France et à l’étranger, en particulier en Angleterre. (2)
En 1916, la « St Gabriel’s Institution » est installée dans le sud de Londres, à Clapham, au numéro 10 de Elms Road. L’établissement est dirigé par le frère Louis de Hongrie.
Paul Horguelin obtient en France « un sauf conduit pour aller à Londres faire des études de la langue anglaise et suivre les cours de l’Université ». Il passe une année à Londres, dont il gardera le meilleur souvenir. Il retournera fréquemment en Angleterre et restera en relation avec le frère Louis.
L’Institut Agricole de Beauvais (IAB), 1917
L’Institut Agricole de Beauvais (Oise) est fondé officiellement le 20 novembre 1855.
La Société des Agriculteurs de France prend l’Institut sous son patronage.
A partir de 1909, les meilleurs étudiants, après soutenance d’une thèse, reçoivent le diplôme d’Ingénieur d’Agriculture I.A.B. (3)
Paul Horguelin commence ses études à Beauvais à la rentrée de 1917.
Le 12 juillet 1921, il soutient sa thèse de fin d’études devant les délégués de la Société des Agriculteurs de France. Il s’agit d’un projet d’installation hydro-électrique dans une exploitation agricole. La page de couverture porte en exergue :
« Runing water is cheap power ».
Mais avant de terminer ses études, il doit faire son service militaire. Il a 20 ans en 1919. Il est sapeur radio au 42ème Bataillon du Génie à Mayence (Armée du Rhin), puis à la station militaire de la Tour Eiffel à Paris.
La construction radioélectrique en 1922.
Avec l’apparition des premières émissions parlées, les récepteurs de radio font l’objet d’une demande sans cesse croissante de la part du public. Nombreux sont ceux qui tentent de satisfaire cette demande. A côté de constructeurs comme Ducretet, reconnus dans leur temps, beaucoup d’autres, de taille artisanale, passeront inaperçus auprès du grand public. Paul Horguelin est de ceux là. (4)
Sa passion pour la téléphonie sans fil s’est manifestée dès son adolescence. A Nuisement, il tend une antenne entre la fenêtre de sa chambre et le clocher de l’église, pour capter les signaux émis depuis la Tour Eiffel.
A Londres, il construit des postes à galène et s’approvisionne en pièces diverses au magasin à rayons Selfridges sur l’Oxford Street.
Avec sa connaissance du morse, il peut intégrer le service des transmissions de l’Armée du Rhin en 1919. Et les connaissances qu’il acquière à l’armée vont lui permettre de se lancer dans la construction radioélectrique.
Le 10 février 1922, le journal « The Star » de l’île de Guernesey publie un article intitulé « A voice from Paris ». Il est question d’une démonstration de T.S.F. par M. Cecil Falla et son ami Paul Horguelin, « a wireless expert ». (5)
Au printemps 1922, Paul Horguelin construit à Nuisement ses premiers récepteurs à lampes, dans une grange en location. La même année, il participe au concours de T.S.F. annexe du 20ème Concours Lépine, organisé à Paris.
Il obtient le diplôme de « Grand prix décerné à la Société Radio-Techna pour construction soignée, soucieuse de progrès et d’innovation ».
Le 25 septembre1922, il achète à Mme veuve Boucquemont à Nuisement, une pièce de terre de 28 ares sur laquelle il va construire sa maison et un nouvel atelier, après l’incendie de la grange en janvier 1923. (6)
Le concours d’Agen (Lot-et-Garonne), 1924.
Paul Horguelin a quelques clients dans le Lot-et-Garonne où résident deux oncles maternels.
A la suite de la mise en place de l’émetteur de Radio Agen en septembre 1924,
Le Conseil général du Lot-et-Garonne lance un concours pour équiper en récepteurs les mairies du département. Une commission technique se réunit le 3 novembre à Casteljaloux pour procéder à l’examen des récepteurs reçus de divers constructeurs qui ont répondu à l’appel d’offre.
Les trois appareils Radio-Techna présentés par Paul Horguelin (un monolampe communal et deux amplificateurs) obtiennent 17 à la note de fonctionnement et 18 à la note de présentation. Le concours est gagné par Radio-Techna.
Le 18 décembre, Paul Horguelin annonce au Préfet qu’il est en mesure de commencer l’installation des 25 premiers postes communaux. (6)
L’immeuble « art déco » de la rue de Marne, 1930.
En 1930, Paul Horguelin achète un terrain à Châlons, en bordure de la rue de Marne et de la rue Juliette Récamier, dans l’ancien quartier du Cloître, près de la porte des Lormiers (datée de 1255).
Il fait construire un immeuble de trois étages, suivant les nouvelles tendances de l’architecture dite « art déco ». Le bâtiment, en béton, est conçu comme un volume géométrique dont la simplicité est à peine rompue par les bandeaux qui soulignent les façades au rez-de-chaussée et au dernier étage, accompagnés de frises décoratives linéaires en bas et courbes en haut de l’immeuble.
Le pan coupé qui sépare les deux façades présente au rez-de-chaussée une double porte surmontée d’une verrière octogonale, et à la hauteur de l’attique une ouverture en forme de losange donnant sur une terrasse.
Un magasin de vente d’appareils de radio a pris place au rez-de-chaussée. Il est géré par Marcelle Brisson, belle-sœur de Paul Horguelin (jusque dans les années 60).
Le grand rucher de Nuisement, 1935
Le 8 février 1929, Paul Horguelin achète une propriété voisine de la sienne ayant appartenu à la famille Boucquemont, comportant maison, cour et jardin.
Sur ce terrain, il construit en 1935 un grand rucher à deux étages pouvant abriter environ 150 ruches et une miellerie.
Adolescent, Paul a été initié à la conduite d’un petit rucher par M. Charlier, instituteur et ancien collègue de son père à l’Ecole normale d’instituteurs de Châlons.
L’exploitation apicole va se développer et comptera jusqu’à 600 ruches
La guerre de 1939-1945.
A la déclaration de la guerre en septembre 1939, Paul Horguelin est appelé pour le contrôle des émissions au service du 2ème Bureau, et mobilisé sur place à la 2ème région de Châlons.
Il travaille dans les locaux de la Préfecture, en face des Archives départementales où il fait quelques incursions pour avancer les recherches généalogiques sur ses ancêtres.
La naissance d’un quatrième enfant lui vaut d’être démobilisé dès les premiers jours de décembre.
A Nuisement, la maison est en partie occupée par l’Etat Major des liaisons de la 4ème Armée.
En juin, avec l’avancée des troupes allemandes, commence l’exode de la population civile sur les routes du sud.
Le 12 juin, la famille Horguelin (au sens élargi) prend la route avec trois voitures et 12 occupants. Le 17 juin, tout le monde est à Pierrefitte d’Ahun (Creuse), terme du voyage.
Dès le 30 juin, Paul Horguelin reprend la route, en laissant une partie de la famille dans la Creuse. Il trouve ses ruchers détruits et la maison occupée par la Kommandantur.
En novembre il traverse la ligne de démarcation pour aller rechercher les huit personnes restées à Pierrefitte. Une partie de la maison reste occupée par les soldats allemands.
Le 30 juillet 1941, le Préfet de la Marne nomme Paul Horguelin maire de Nuisement, sans consulter l’intéressé. Il restera maire du village pendant 26 ans, jusqu’à son décès en 1967.
En septembre 1942, la récolte de miel bat son plein dans le grand rucher, quand la Gestapo vient frapper à la porte. Paul Horguelin est arrêté et transporté à la prison de Châlons. Il est libéré trois mois plus tard.
Le 4 mai 1944, un avion allié s’écrase dans les bois de Breuvery-sur-Coole. Le portefeuille d’un aviateur canadien, Ross Edward MacFarlane, est retrouvé.
A la fin de la guerre, Paul Horguelin communique avec la famille canadienne.
Le 5 juillet 1945, un journal de Toronto, « The Canadian », publie la lettre adressée
à Clara MacFarlane par Paul Horguelin :
« (…) Votre fils est enterré près de l’église dans le cimetière de Breuvery-sur-Coole.
La tombe est bien entretenue et un service religieux anniversaire a été célébré récemment(…) ».
La ferme des Longuins, 1956.
« Les Longuins » est un lieu-dit du cadastre de Nuisement, situé aux confins nord-ouest du territoire de la commune.
Pendant des années, Paul Horguelin achète ou échange des parcelles de bois ou de terre dans ce quartier, pour se constituer une chasse. Il atteint son objectif à la fin des années 30, avec une chasse de 120 hectares.
En 1955, la chasse est perdue. Un pipe-line allant de l’Océan jusqu’à Metz, traverse la propriété, et un grand dépôt d’essence est créé qui entraîne l’expropriation d’une partie des bois.
Paul Horguelin vend le bois à un forestier (ancien collègue de Beauvais), fait défricher par une équipe d’espagnols et met le tout en culture.
Au début de l’année 1956, un premier chef de culture est engagé, auquel succédera un ancien élève de l’Ecole de Malroy.
La création d’une CUMA (Coopérative d’Utilisation de Matériel Agricole) aide au financement de l’équipement de l’exploitation
De l’Abeille Marnaise à Apimondia, 1938-1965.
L’Abeille Marnaise (syndicat apicole) est créée en 1921. Elle a une organisation modèle grâce au dévouement de M. l’abbé Gillet, son secrétaire. (8)
En 1938, Paul Horguelin se rend en Suisse, au Congrès International d’Apiculture de Zurich, avec l’abbé Gillet et son fils cadet âgé de 7 ans.
Nora Baldensperger, présidente des apiculteurs du Var et fameuse polyglotte, contribue largement à l’animation du congrès.
En 1952, Paul Horguelin est élu président de l’Abeille Marnaise.
En 1956, en collaboration avec le département d’apiculture de l’Ontario Agricultural College (O.A.C.) et avec l’Ecole des Arts et Métiers de Châlons, il construit les éléments d’une nouvelle chaîne de production du miel, en particulier un fondeur d’opercules électrique, fabriqué et commercialisé sous la marque Api-Techna. (9)
L’Union Nationale de l’Apiculture Française (U.N.A.F.) est fondée en 1946, avec pour premier président M. Martin, avocat à Paris. (10)
Paul Horguelin est élu président de l’UNAF en 1963. Il devient en même temps gérant de la Revue Française d’Apiculture dans laquelle il publie de nombreux articles d’intérêt technique ou économique.
En 1965, au Congrès International d’Apiculture de Bucarest (Roumanie), Paul Horguelin est élu vice-président d’Apimondia, fédération internationale des associations d’apiculture, dont le siège est à Rome.
Le congrès suivant (le XXIème) doit avoir lieu à l’Université de Maryland à Washington en août 1967. (11)
Paul Horguelin doit s’y rendre avec la délégation française, mais il est décédé en avril 1967.
Notes
La famille Horguelin –Brisson.
Paul Horguelin et Marguerite Brisson ont cinq enfants, tous nés à Nuisement-sur-Coole (Marne) : Paul junior (1930), Marc (1931), Nicole (1935), Viviane (1939), Christiane (1942).
Sources
(1) « Histoire de l’Ecole de Malroy », Google Web, février 2010.
(2) « Etat religieux (…) », Joseph Ledouble, 1880, Google Web, février 2010.
(3) Annuaire 1966 de l’Amicale des anciens élèves de Beauvais.
(4) Eric Verdier, « Paul Horguelin un grand constructeur méconnu », Google Web, novembre 2009.
(5) Falla & Horguelin, « Wireless Guernesey’s first concert », Guernesey Evening Press, 15/02/1922
(6) Arch. départementales du Lot-et-Garonne, fonds de la Préfecture, 6T/1 à 5, Casteljaloux, 1924.
(7) Larry Gray, « Fathers, brothers and sons’s » biography and autobiography, Trafford Publishing,Victoria (B.C.), Canada, 2004, page 337 (Google Web, juin 2008) .
(8) L’Apiculteur belge, 1926, vol. 1-3, page 48 (Google Livres, janvier 2010).
(9) La Revue Française d’Apiculture, n° 129, janvier 1957, M. Horguelin, « Nouvelle technologie du miel en Amérique du Nord ».
(10) « Union Nationale de l’Apiculture Française-Abeilles et Fleurs, Google Web, janvier 2010.
(11) « Le XXIème Congrès International d’Apiculture, Université de Maryland, U.S.A. », Apimondia,, 1967, 624 pages (Google Livres, janvier 2010).
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire